Impôts sur le revenu : quels sont les taux les plus élevés parmi les grandes économies du G20 ?

55,95% au Japon, 45% en France, 0% en Arabie Saoudite… Les taux d’imposition sur le revenu varient considérablement d’un pays à l’autre, même au sein des grandes économies mondiales du G20. Ces chiffres représentent la tranche marginale la plus haute — c’est-à-dire le taux appliqué aux revenus les plus élevés — et non le taux moyen payé par l’ensemble des contribuables. Un classement qui révèle des philosophies fiscales très différentes selon les pays.
🥇 Le Japon, champion inattendu de la fiscalité
Avec un taux marginal de 55,95%, le Japon se classe loin devant tous ses concurrents du G20. Ce chiffre combine l’impôt national sur le revenu (45%) avec des contributions locales et des prélèvements additionnels. Ce niveau de taxation élevé s’inscrit dans un modèle social japonais qui valorise la redistribution et le financement d’un État-providence solide, dans un pays vieillissant qui fait face à des dépenses de retraite et de santé colossales.
🇫🇷 La France dans le peloton de tête européen
La France affiche un taux marginal de 45%, qu’elle partage avec sept autres pays du G20 : l’Australie, la Chine, l’Allemagne, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Ce taux s’applique en France aux revenus dépassant 177 106 euros par an (2024). Si l’on y ajoute les prélèvements sociaux, la pression fiscale réelle sur les très hauts revenus peut dépasser les 60% en France, ce qui en fait l’un des pays les plus fiscalisés au monde pour cette tranche.
Ce niveau élevé s’explique par le financement d’un modèle social parmi les plus généreux au monde : assurance maladie universelle, retraites par répartition, allocations familiales, chômage, éducation publique gratuite. La question du « trop-plein » fiscal fait régulièrement débat en France, certains économistes pointant un effet dissuasif sur l’installation de hauts revenus sur le territoire.
🇩🇪🇬🇧 L’Europe à 45% : un consensus occidental
Le taux de 45% semble faire figure de plafond implicite pour les grandes démocraties occidentales. L’Allemagne applique ce taux à partir de 277 826 euros annuels, avec un système de « Solidaritätszuschlag » — une surtaxe de solidarité héritée de la réunification — qui peut l’alourdir encore. Au Royaume-Uni, le taux de 45% s’applique au-delà de 125 140 livres sterling par an. Ces pays partagent la même logique : financer un État social robuste tout en conservant des incitations à la création de richesse.
🇺🇸 Les États-Unis : une fiscalité fédérale modérée, mais complexe
Les États-Unis affichent un taux fédéral de 37%, ce qui peut paraître modéré comparé à l’Europe. Mais ce chiffre est trompeur : il faut y ajouter les impôts des États fédérés, qui varient de 0% (Texas, Floride) à 13,3% (Californie). Un contribuable à hauts revenus en Californie peut ainsi se retrouver à une pression fiscale totale dépassant les 50%. La fiscalité américaine est aussi marquée par une architecture très différente : moins de services publics universels, mais un système de déductions fiscales très développé.
🇷🇺🇸🇦 Russie et Arabie Saoudite : les exceptions à bas taux
À l’autre extrémité du classement, la Russie se distingue avec un taux d’imposition de seulement 13% — l’un des plus bas parmi les grandes économies mondiales. Ce taux unique et flat a été introduit en 2001 par Vladimir Poutine dans le but de sortir l’économie du noir et d’élargir l’assiette fiscale. Une hausse à 15% a été introduite en 2021 pour les revenus dépassant 5 millions de roubles.
Cas extrême, l’Arabie Saoudite affiche un taux de 0% sur le revenu des personnes physiques. Le royaume wahhabite finance son État essentiellement grâce aux revenus pétroliers, ce qui lui permet de s’affranchir totalement de l’impôt sur le revenu pour ses citoyens. Une situation qui commence toutefois à évoluer : la TVA, absente jusqu’en 2018, a été introduite à 5% puis portée à 15%, dans le cadre de la diversification économique du plan Vision 2030.
📊 Ce que ces chiffres ne disent pas
Il est essentiel de rappeler que le taux marginal supérieur ne reflète pas la pression fiscale moyenne supportée par la population. Un pays avec un taux de 45% peut avoir une imposition effective bien plus faible si les tranches inférieures sont très larges ou si de nombreuses déductions existent. À l’inverse, un pays avec un taux affiché bas peut peser lourd via des cotisations sociales, des taxes à la consommation ou des impôts locaux élevés.
La comparaison fiscale internationale est donc un exercice délicat, qui doit toujours être mis en regard des services publics offerts en contrepartie : santé, éducation, retraites, infrastructures. Un Français qui paie 45% sur ses hauts revenus bénéficie d’une couverture maladie universelle et d’une éducation publique gratuite de la maternelle au doctorat. Un Américain qui paie 37% au niveau fédéral devra souvent débourser plusieurs centaines de dollars par mois pour son assurance santé.
🔍 Conclusion
Le débat sur le « bon » niveau d’imposition est fondamentalement politique et philosophique. Il oppose des visions différentes du rôle de l’État, de la redistribution et de la liberté économique individuelle. Ce classement du G20 illustre l’étendue des choix possibles : du modèle scandinave et japonais à forte redistribution, au modèle du Golfe financé par la rente pétrolière, en passant par le modèle américain qui mise davantage sur la responsabilité individuelle.
Ce qui est certain : dans un monde globalisé où les capitaux et les talents circulent librement, la fiscalité est devenue un enjeu de compétitivité internationale autant qu’un instrument de justice sociale.
Source : Trading Economics — taux marginaux supérieurs d’imposition sur le revenu des personnes physiques, G20