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Médecins en France : Paris a 899 médecins pour 100 000 habitants, l’Eure seulement 171

Un Parisien a accès à 899 médecins pour 100 000 habitants. Un habitant de l’Eure, seulement 171. C’est un rapport de 1 à 5. La carte du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM 2025) révèle des inégalités territoriales spectaculaires — et qui continuent de se creuser. Les départements dotés de CHU attirent les jeunes médecins, les départements ruraux périphériques se vident. Et le numerus clausus des années 1990 continue de peser 30 ans plus tard.

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🏆 Les départements les mieux dotés (2025)

DépartementDensité / 100 000 hab
Paris899 (record national, x2,6 la moyenne)
Hautes-Alpes536
Alpes-Maritimes487
Hérault427
Gironde422
Bouches-du-Rhône408
Corse-du-Sud382
Calvados354

⚠️ Les départements en désert médical

DépartementDensité / 100 000 hab
Eure171 (le plus bas de métropole)
Ain180
Mayenne192
Seine-Saint-Denis227
Eure-et-Loir~220
Loiret~230
Mayotte87 (record national le plus bas)
Guyane226

Source : Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), atlas de la démographie médicale 2025, données au 1er janvier 2025. Médecins en activité (généralistes + spécialistes). Moyenne nationale : 346 pour 100 000 habitants.

🗺️ La géographie des inégalités

La carte dessine un schéma très net. Les départements les mieux dotés sont ceux qui abritent des CHU (centres hospitaliers universitaires) et des grandes métropoles : Paris, Bordeaux (Gironde), Montpellier (Hérault), Nice (Alpes-Maritimes), Marseille (Bouches-du-Rhône), ainsi que les départements littoraux ou montagnards à cadre de vie attractif (Corse, Hautes-Alpes). Les départements les moins dotés forment un arc autour du bassin parisien (Eure, Eure-et-Loir, Loiret, Ain) et des zones rurales du Centre-Val de Loire, des Hauts-de-France et de l’outre-mer.

📉 Pourquoi ces inégalités se creusent

Le CNOM alerte : « les inégalités territoriales se creusent toujours davantage ». Les départements dotés de CHU augmentent et rajeunissent leur population médicale. Les départements ruraux périphériques voient leurs médecins vieillir sans être remplacés. Plusieurs facteurs structurels expliquent ce déséquilibre.

D’abord, le numerus clausus. Instauré en 1971, il a été drastiquement réduit dans les années 1990 (3 500 étudiants/an seulement, contre 12 000 aujourd’hui). Les effets de cette restriction se font encore sentir 30 ans plus tard : les médecins formés dans les années 1990 arrivent aujourd’hui à la retraite et ne sont pas remplacés en nombre suffisant. Le numerus clausus a été supprimé en 2019, mais les premiers étudiants formés dans le nouveau système ne seront médecins qu’en 2028-2030.

Ensuite, l’attractivité territoriale. Les jeunes médecins préfèrent massivement s’installer dans les métropoles, les villes littorales et les zones ensoleillées. Ils fuient les zones rurales isolées, les villes moyennes en déclin et les banlieues difficiles. La Seine-Saint-Denis (227/100 000), département le plus peuplé d’Île-de-France, est l’un des moins bien dotés — à quelques kilomètres de Paris, pourtant record national à 899.

🌍 Les médecins à diplôme étranger : un palliatif fragile

Dans les départements les plus en difficulté, les médecins à diplôme étranger (Roumanie, Algérie, Syrie, etc.) compensent partiellement le manque. Ils représentent 13,6 % des médecins en activité en 2025 (contre 7,1 % en 2010). Dans l’Eure et l’Ain, leur nombre a plus que doublé en 15 ans. En Mayenne, il est passé de 65 à 122. Sans eux, de nombreuses zones rurales n’auraient plus aucun médecin.

🔧 Les solutions tentées et leurs limites

Les collectivités multiplient les initiatives pour attirer les médecins : primes d’installation, logements gratuits, voitures de fonction, aide à l’emploi du conjoint, construction de maisons de santé pluriprofessionnelles. Mais ces dispositifs créent une concurrence entre territoires, avec des médecins qui négocient des conditions toujours plus avantageuses. L’Assemblée nationale a reconnu que « les dispositifs incitatifs ont montré toutes leurs limites pour endiguer la désertification médicale ».

Les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), qui regroupent médecins, infirmiers et kinés dans un même lieu, se développent rapidement (2 600 en 2025 contre 400 en 2014) et constituent la piste la plus prometteuse. Le partage de tâches avec les pharmaciens, infirmières et sages-femmes (prescription de médicaments, vaccination, renouvellement d’ordonnances) progresse aussi, mais reste insuffisant.

📈 Une lueur d’espoir : le nombre de médecins repart à la hausse

Le nombre total de médecins en activité augmente enfin : 241 255 au 1er janvier 2025, soit +1,67 % en un an et +11,9 % depuis 2010. Le nombre d’étudiants formés atteint 11 000 par an (objectif 12 000 en 2025). Mais cette hausse est encore « insuffisante pour venir à bout des déserts médicaux » selon le CNOM. Et la question se pose déjà : forme-t-on désormais trop de médecins ? Le risque serait de saturer les métropoles tout en laissant les zones rurales toujours sous-dotées.

📊 Les chiffres clés

  • 241 255 médecins en activité en France au 1er janvier 2025
  • 346 médecins pour 100 000 habitants (moyenne nationale)
  • 899 à Paris (record) vs 171 dans l’Eure (5x moins)
  • 87 à Mayotte (le plus bas de France)
  • 13,6 % des médecins ont un diplôme étranger (vs 7,1 % en 2010)
  • 12 000 étudiants en médecine par an (vs 3 500 dans les années 1990)
  • 2 600 maisons de santé pluriprofessionnelles (vs 400 en 2014)
  • Les inégalités continuent de se creuser malgré les dispositifs

📚 À lire aussi

Sources : Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM, atlas 2025, publié mars 2025), France Info, ICI Info, Assemblée nationale, CARMF, DREES, INSEE. Données au 1er janvier 2025.

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