🌍 Les pays comptant le plus d’immigrants dans le monde : deux classements, deux réalités très différentes
Quel est le pays qui accueille le plus d’immigrants ? La réponse dépend entièrement de la façon dont on pose la question. En chiffres absolus — le nombre total de personnes nées à l’étranger vivant dans le pays — les États-Unis dominent sans conteste depuis un siècle, avec plus de 52 millions de personnes. Mais en proportion de la population, ce sont les pays du Golfe Persique — Émirats arabes unis, Arabie Saoudite, Qatar — qui établissent des records absolument vertigineux : aux Émirats, trois personnes sur quatre ne sont pas nées sur le sol émirati. Ce classement, basé sur les données des Nations Unies, révèle une géographie de l’immigration mondiale bien plus complexe que les débats politiques habituels ne le laissent entendre.
📊 Le classement mondial en chiffres absolus
| Rang | Pays | Immigrants (millions) | Part de la population |
|---|---|---|---|
| 🥇 1 | 🇺🇸 États-Unis | 52,4M | 15,2% |
| 🥈 2 | 🇩🇪 Allemagne | 16,8M | 19,8% |
| 🥉 3 | 🇸🇦 Arabie Saoudite | 13,7M | 40,7% |
| 4 | 🇬🇧 Royaume-Uni | 11,9M | 17,2% |
| 5 | 🇫🇷 France | 9,2M | 13,8% |
| 6 | 🇪🇸 Espagne | 8,9M | 18,5% |
| 7 | 🇨🇦 Canada | 8,8M | 22,3% |
| 8 | 🇦🇪 Émirats arabes unis | ~9,2M | ~75-88% |
Note : Les données sont issues des Nations Unies (ONU/DESA) et de l’OCDE, sur la base des personnes nées à l’étranger résidant dans chaque pays. Les chiffres varient légèrement selon les années de référence (2020-2024) et les méthodologies utilisées.
🇺🇸 Les États-Unis : la nation d’immigrants par excellence
Avec plus de 52 millions de personnes nées à l’étranger, les États-Unis hébergent environ un migrant international sur cinq dans le monde. Ce chiffre est le résultat de deux siècles d’immigration massive, organisée d’abord autour de l’Europe (Irlande, Italie, Pologne, Allemagne, Europe de l’Est au XIXe et début XXe siècle), puis de l’Amérique latine (Mexique, Cuba, Porto Rico, Amérique centrale), de l’Asie (Chine, Inde, Philippines, Vietnam, Corée) et plus récemment de l’Afrique subsaharienne. Le Mexique est le premier pays d’origine des immigrés aux États-Unis — environ 11 millions de Mexicains y vivent légalement, sans compter ceux en situation irrégulière.
Pourtant, les États-Unis ne sont pas le pays le plus « immigré » en proportion : avec 15,2% de leur population née à l’étranger, ils sont devancés par l’Allemagne (19,8%), le Canada (22,3%), l’Arabie Saoudite (40,7%) et les Émirats arabes unis (75%+). Ce paradoxe s’explique simplement par la taille : les États-Unis sont tellement peuplés (340 millions d’habitants) que même un flux migratoire massif ne représente qu’une fraction de la population totale.
🇩🇪 L’Allemagne : le grand virage migratoire de l’Europe
Avec 16,8 millions de personnes nées à l’étranger (19,8% de la population), l’Allemagne est le deuxième pays d’immigration au monde en chiffres absolus et l’un des plus importants d’Europe en proportion. Ce chiffre est le résultat d’une transformation profonde sur cinquante ans. Dans les années 1960-1970, l’Allemagne a recruté massivement des Gastarbeiter (travailleurs invités) en Turquie, en Yougoslavie, en Italie et en Grèce pour alimenter son miracle économique d’après-guerre. Contrairement aux intentions initiales, une grande partie de ces travailleurs ne sont jamais repartis — ils ont fondé des familles et s’sont intégrés progressivement dans la société allemande. La communauté turque en Allemagne compte aujourd’hui environ 3 millions de personnes.
En 2015-2016, l’Allemagne a connu un deuxième tournant migratoire majeur lorsque la chancelière Angela Merkel a décidé d’ouvrir les frontières aux réfugiés syriens — plus d’un million de personnes ont demandé l’asile en Allemagne en 2015 et 2016 réunis. Cette décision a radicalement transformé le paysage démographique du pays et ouvert un débat politique intense qui continue de structurer la politique allemande. Les pays d’origine les plus représentés en Allemagne sont aujourd’hui la Turquie, la Pologne, la Syrie, la Roumanie, le Kazakhstan et l’Ukraine.
🇸🇦🇦🇪 Le Golfe Persique : des pays construits sur l’immigration
La présence de l’Arabie Saoudite (13,7M d’immigrants, soit 40,7% de la population) et des Émirats arabes unis (75% ou plus) dans ce classement révèle une réalité souvent ignorée dans les débats occidentaux sur l’immigration : les pays du Golfe sont les sociétés les plus « immigrées » au monde en proportion, mais ils constituent un modèle migratoire radicalement différent. Les travailleurs étrangers — principalement originaires d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Sri Lanka, des Philippines et d’Éthiopie — sont recrutés massivement pour alimenter les chantiers, les services domestiques, la restauration, la logistique et les secteurs peu qualifiés de ces économies pétrolières.
Ces travailleurs sont soumis au système de la kafala — un régime de parrainage qui lie légalement le travailleur à son employeur, lui interdisant de changer d’emploi ou de quitter le pays sans autorisation. Ce système, régulièrement dénoncé par les ONG comme une forme de servitude moderne, a fait l’objet d’une attention internationale particulièrement intense lors de la préparation de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. Des dizaines de milliers de travailleurs migrants sont morts sur les chantiers qatariens, selon des organisations de défense des droits humains. Les immigrés aux Émirats et en Arabie Saoudite n’ont pas accès à la nationalité — même après des décennies de résidence, ils ne peuvent pas devenir citoyens. L’immigration y est purement instrumentale : elle alimente l’économie sans créer de droits durables.
🇬🇧 Le Royaume-Uni : Brexit et transformation migratoire
Avec 11,9 millions de personnes nées à l’étranger (17,2% de la population), le Royaume-Uni est le quatrième pays d’immigration mondial. Sa composition a été profondément transformée par deux phénomènes. D’abord, l’adhésion à l’Union européenne — qui jusqu’en 2020 permettait aux ressortissants des 27 pays membres de s’installer librement au Royaume-Uni. Les Polonais (environ 800 000 au pic), les Roumains, les Français et les Italiens constituaient des communautés importantes. Ensuite, l’immigration post-coloniale en provenance d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, des Caraïbes et d’Afrique. Le Brexit a changé la donne : depuis 2021, les ressortissants européens doivent désormais obtenir un visa pour travailler au Royaume-Uni, comme les ressortissants non-européens. Résultat : l’immigration d’Europe a baissé, mais l’immigration d’Asie du Sud et d’Afrique a augmenté.
🇫🇷 La France : 5e mondiale, 13,8% de sa population
La France compte 9,2 millions de personnes nées à l’étranger, soit 13,8% de sa population — ce qui la place dans la moyenne des grandes démocraties européennes, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique ou l’Autriche. Les principales communautés immigrées en France viennent d’Algérie, du Maroc, de Tunisie (Maghreb), du Portugal, d’Italie et d’Espagne (Europe du Sud), ainsi que de Turquie, du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Mali (Afrique subsaharienne). L’immigration en France est indissociable de son histoire coloniale — la majorité des flux en provenance d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne sont le produit direct de liens tissés pendant un siècle de présence coloniale française.
🇨🇦 Le Canada : champion du modèle d’intégration
Le Canada, avec 8,8 millions d’immigrants (22,3% de sa population), a choisi délibérément de faire de l’immigration le moteur de sa démographie. Sa politique d’immigration à points — qui sélectionne les candidats sur la base de leur niveau d’éducation, de leur expérience professionnelle et de leurs compétences linguistiques — est souvent citée comme un modèle. Le Canada accueille chaque année environ 400 000 nouveaux résidents permanents, avec pour objectif affiché de compenser le vieillissement de sa population et de maintenir sa croissance économique. Les principaux pays d’origine sont aujourd’hui l’Inde, les Philippines, la Chine, le Nigeria et les pays d’Europe de l’Est. Le Canada est régulièrement cité dans les sondages comme l’un des pays les plus favorables à l’immigration dans le monde.
💡 Ce que ce classement dit du monde
Ce classement révèle une vérité fondamentale : l’immigration n’est pas un phénomène uniforme. Il existe au moins trois modèles migratoires radicalement différents. Le modèle américain et canadien : des nations fondées sur l’immigration, qui ont intégré des millions de personnes sur plusieurs générations et leur ont offert — au moins en principe — un chemin vers la citoyenneté. Le modèle européen : des économies industrielles qui ont importé de la main-d’œuvre sans toujours prévoir les implications à long terme, et qui débattent encore aujourd’hui de l’intégration de populations qui sont parfois à leur troisième génération. Le modèle du Golfe : une immigration massive et temporaire, sans droits durables, purement instrumentale, dans des États qui n’ont aucune intention de transformer leurs travailleurs étrangers en concitoyens.
Ces trois modèles coexistent dans un même classement mondial — mais ils ne disent pas la même chose sur ce qu’est l’immigration, ce qu’elle produit, et les droits qu’elle crée ou nie.
Sources : ONU — DESA (Division de la Population) · OCDE — Perspectives des migrations internationales 2025 · Touteleurope.eu · Vie-publique.fr