Couleur de la peau : pourquoi varie-t-elle selon les régions du monde ?

Pourquoi la peau est-elle en moyenne plus foncée près de l’équateur et plus claire aux latitudes élevées ? Les cartes qui illustrent ce gradient circulent beaucoup, mais elles sont rarement accompagnées de leurs sources. Voici ce que disent les travaux scientifiques, notamment ceux de l’anthropologue Nina Jablonski (Penn State), sur l’évolution de la pigmentation de la peau humaine.
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La peau, un compromis entre UV et vitamine D
Selon Nina Jablonski, la pigmentation de la peau régule la pénétration des UV dans la peau. Elle résulte d’un compromis entre deux besoins : se protéger des UV et produire de la vitamine D, qui en dépend. La mélanine est le pigment qui joue le rôle de protection : elle absorbe les UV et la lumière visible.
Une corrélation statistique très forte relie la réflectance de la peau (sa capacité à renvoyer la lumière) et l’intensité moyenne des UV. Une étude utilisant les mesures du spectromètre TOMS de la NASA (lancé en 1978) l’a montré en comparant les UV avec la couleur de peau de populations autochtones de plus de 50 pays : plus les UV sont faibles, plus la peau est claire.
Le rôle du folate
Le folate (vitamine B9) est dégradé par les UV. Une étude de 1978 a montré qu’une heure de lumière solaire intense peut réduire de moitié le taux de folate chez une personne à peau claire. Un taux bas est associé à de graves malformations (spina bifida, anencéphalie) et à des fausses couches. Selon les chercheurs, une peau foncée protégerait donc les réserves de folate dans les régions tropicales, ce qui aurait favorisé son évolution.
| Zone | Enjeu principal | Effet sur la pigmentation |
|---|---|---|
| Proche de l’équateur | UV très intenses, protection du folate | Peau plus foncée |
| Latitudes élevées | UVB faibles, production de vitamine D | Peau plus claire |
Vitamine D et latitude
Aux hautes latitudes, les UVB sont en grande partie absorbés par l’atmosphère. Or la vitamine D, qui aide à absorber le calcium et à le fixer dans les os, dépend des UV pour être produite. Une peau moins pigmentée produit la vitamine D plus vite : ce « compromis de la vitamine D » serait apparu indépendamment dans plusieurs lignées humaines. Les personnes vivant au-delà de 50 degrés de latitude présentent le risque le plus élevé de carence.
Une histoire ancienne et complexe
Selon Nina Jablonski, nos ancêtres avaient, comme les chimpanzés, une peau claire sous leurs poils. La perte des poils, liée à la transpiration, aurait conduit à une pigmentation foncée permanente, il y a environ un million d’années. Une étude indique que la variation d’un gène clé de la pigmentation a disparu chez les populations autochtones actuelles d’Afrique.
Surtout, des couleurs de peau semblables sont apparues plusieurs fois de façon indépendante : la couleur de peau ne reflète donc pas une ascendance commune. Autrement dit, elle ne permet pas de « classer » les populations ou de déduire des liens de parenté.
Des exceptions et un schéma bouleversé
Le schéma n’est pas parfait. Les Inuits, par exemple, ont une pigmentation modérée sous des latitudes élevées : leur alimentation riche en vitamine D leur permet de conserver une protection contre la perte de folate.
Surtout, les migrations (forcées par l’esclavage, volontaires aujourd’hui) et le mode de vie moderne, avec peu d’exposition au soleil en ville et des vacances sous des UV forts, ont perturbé ce schéma. La carence en vitamine D est ainsi devenue plus fréquente, notamment chez des personnes à peau foncée vivant sous des climats peu ensoleillés.
Que valent les cartes qui circulent ?
La carte qui a inspiré cet article porte la mention « Contenu généré par l’IA » et ne cite ni source ni méthode. Elle représente un gradient lisse entre « la plus claire » et « la plus foncée », mais ne dit pas si elle montre la répartition historique ou actuelle des populations, ni sur quelles données elle repose. Nous n’en reprenons donc aucune valeur : l’article s’appuie uniquement sur des travaux scientifiques publiés.
À retenir
La couleur de la peau varie surtout en fonction des UV reçus : un compromis entre protection du folate et production de vitamine D. Ce schéma explique des tendances, pas des frontières, et il a été brouillé par les migrations. La couleur de peau ne dit rien d’une ascendance commune ni d’une quelconque hiérarchie entre populations.
Sources : Human Skin Color (conférence de Nina Jablonski, Philosophical Society of Washington, 2015) · PBS Evolution : skin color.
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