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Droit de vote des femmes en Europe : quand chaque pays a accordé le suffrage féminin

De la Finlande pionnière en 1906 à la Suisse étonnamment retardataire en 1971, l’histoire du suffrage féminin en Europe s’étale sur 70 ans de luttes, de reculs et de victoires. Cette carte Geopix révèle les profondes inégalités qui ont longtemps persisté entre pays voisins — parfois séparés de plusieurs décennies pour l’accès des femmes à l’urne.

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La chronologie complète pays par pays

AnnéePays
1906🇫🇮 Finlande
1913🇳🇴 Norvège
1915🇩🇰 Danemark
1917🇷🇺 Russie
1918🇦🇹 Autriche, 🇩🇪 Allemagne, 🇮🇪 Irlande, 🇮🇸 Islande, 🇵🇱 Pologne, pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie)
1919🇱🇺 Luxembourg, 🇸🇪 Suède (partiel)
1920🇨🇿 Tchécoslovaquie, 🇭🇺 Hongrie
1921🇸🇪 Suède (complet)
1931🇪🇸 Espagne
1934🇹🇷 Turquie
1944🇫🇷 France
1945🇮🇹 Italie, 🇭🇷 Croatie, 🇸🇮 Slovénie
1946🇦🇱 Albanie, 🇷🇴 Roumanie
1948🇧🇪 Belgique
1952🇬🇷 Grèce, 🇨🇾 Chypre
1971🇨🇭 Suisse
1976🇵🇹 Portugal

La Finlande, pionnière mondiale en 1906

La Finlande est le premier pays européen à reconnaître le droit de vote des femmes, en 1906. Mais elle va encore plus loin : les femmes finlandaises obtiennent simultanément le droit d’être élues. Les élections législatives finlandaises de 1907 sont les premières au monde où des femmes sont élues députées — dix-neuf d’entre elles font leur entrée au Parlement. Ce résultat exceptionnel s’inscrit dans un contexte politique particulier : la Finlande, alors grand-duché sous domination russe, traverse une période de réformes profondes qui favorise une approche plus égalitaire. L’influence des mouvements sociaux-démocrates scandinaves joue également un rôle décisif.

La France en 1944 : un retard scandaleux pour le « pays des droits de l’homme »

Le cas français est l’un des plus frappants de cette chronologie. Le 21 avril 1944, les femmes obtiennent le droit de vote par ordonnance du gouvernement provisoire du général de Gaulle — soit 38 ans après la Finlande, 31 ans après la Norvège et 26 ans après l’Allemagne. La France, berceau des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, est l’un des derniers grands pays d’Europe occidentale à franchir ce pas.

Pourquoi un tel retard ? L’influence des radicaux-socialistes, qui voyaient dans le vote féminin un vote « clérical » dangereux pour la République, est très importante dans le maintien de cette situation. En dépit de plusieurs propositions de loi dans les années 1930, et de la mobilisation croissante des associations féminines, le Sénat s’est opposé systématiquement à tout élargissement pendant des décennies. C’est finalement la Résistance et la Libération qui débloquent la situation : les femmes qui ont combattu dans les réseaux de résistance ne pouvaient plus raisonnablement se voir refuser le droit de vote.

La Suisse en 1971 : le paradoxe de la démocratie directe

Le cas le plus stupéfiant de ce classement est sans conteste celui de la Suisse, qui n’accorde le droit de vote aux femmes qu’en 1971 — soit 65 ans après la Finlande, 27 ans après la France, et après tous les pays du bloc soviétique. Le paradoxe est vertigineux : la Suisse, pays reconnu pour sa démocratie directe, ses institutions stables et son niveau de vie élevé, est l’un des derniers pays du monde occidental à avoir accordé ce droit fondamental. La raison tient précisément au système de démocratie directe : c’est le corps électoral masculin qui votait sur l’élargissement du suffrage aux femmes — et il a refusé par référendum en 1959 et en 1963, avant d’approuver en 1971. Dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, les femmes n’ont même obtenu le droit de vote local qu’en 1990, suite à une décision du Tribunal fédéral.

La Belgique en 1948 : un chemin semé d’embûches

La Belgique présente une situation intermédiaire complexe. La loi du 27 mars 1948 accorde le droit de vote aux femmes aux chambres législatives — mais en 1920, ce droit n’était reconnu que pour les élections communales. Il aura donc fallu 28 ans pour que les Belges obtiennent un suffrage pleinement égalitaire. Comme en France, les oppositions venaient en partie de la crainte d’un vote conservateur ou « clérical » supposément caractéristique de l’électorat féminin.

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📊 Sources : Wikipedia — Droit de vote des femmes, Oxfam France, Fondation Charles de Gaulle, elections.interieur.gouv.fr — Page Facebook Geopix

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